Sutherland, à l’origine du concept crânien, a tout pris sur un ouvrage écrit par Emmanuel Swedenborg (1688-1772) « The Brain » dans lequel il précisait trois points du fameux MRP (une autre idéologie) et Sutherland en rajouta deux.
Swedenborg, (Ursula Fortiz, ed. De Vecchi) ingénieur et philosophe multifonctions, était un scientifique prolixe à l’origine de bon nombre de découvertes.
Un jour, tout s’est gâté… après une illumination divine, il fut contacté par Dieu (cela ne s’invente pas) pour réinterpréter la bible « qui en avait bien besoin » (dixit dieu). Il créa dans la foulée l’église de Jérusalem qui existe toujours. Plusieurs ouvrages sur les anges, les divinités et d’autres dont « The Brain » où il veut démontrer que le LCR correspond à l’âme. Il réussit à faire des descriptions anatomiques précises mais pas de lien entre l’âme et le LCR.
Sutherland s’appuya sur ce bouquin pour prétendre, avec la mobilité des os du crâne, que la puissance du LCR était à l’origine de toute cette mécanique crânienne. S’il y a des sutures c’est que ça bouge, donc ça doit bouger… pas plus d’explications que cela.
Depuis ce dogme, tous les ouvrages d’ostéopathie transmettent cette affirmation et se citent les uns les autres pour donner du poids à leur propos.
Les ostéopathes perçoivent tout un tas de rythmes crâniens notamment la subtile contraction des cellules de la névroglie et la circulation du LCR par ces mêmes cellules à l’origine des présupposés mouvements des os du crâne. Cependant, je n’ai jamais eu vent de la perception des contractions cardiaques très puissantes à travers les artères intracrâniennes qui pourraient aussi faire bouger les os du crâne. Lorsqu’on regarde un cerveau dont la voûte a été retirée par des chirurgies, on voit nettement ces battements artériels par « des ressauts » de la masse cérébrale, jamais par la contraction des cellules de la névroglie. Percevrait-on ce qu’on croit ?
Un premier choc a été les chirurgies des crâniosténoses chez le nouveau-né. En effet ces petits -êtres naissent sans sagittale, coronale et lambdoïde.
Le chirurgien va réaliser des sutures arbitraires suffisantes pour permettre au cerveau de grandir normalement jusqu’à l’âge de 16 ans. Il va même remodeler, à la pince les os déformés pour donner un crâne harmonieux, notamment le frontal. Une fois le cerveau arrivé à maturité, ces « sutures » se soudent pour créer un gros bloc osseux. Les os du crâne sont très épais donc pas de sutures, pas de mouvements dont ceux prétendus de la S/B.
A ce niveau, quelques détails sur les prétendus mouvements des os du crâne s’imposent.
Comme vous le savez, Sutherland, par la forme des os et la présence de sutures, a déduit qu’il était inévitable que les os du crâne bougent, dans le cas contraire il n’y aurait pas eu de sutures… tellement évident…Ce gros bloc osseux de tout à l’heure, ne pouvait afficher aucun mouvement, est-ce que cela présentait un quelconque problème ? Pas le moins du monde, alors la mobilité des os du crâne est-elle indispensable chez d’adulte ?
J’ai eu deux cas de craniosténoses opérées depuis que j’œuvre comme ostéopathe, le fils d’une amie, il a maintenant 23 ans et un autre patient un peu plus âgé. J’ai pu voir l’évolution de celui que je connais depuis sa cinquième année. Malgré ce gros bloc, il y avait une mobilité lorsque le crâne fut soudé complètement (radios à l’appui). Donc les techniques dites osseuses étaient tout à fait impossibles à exécuter. Le crâne est recouvert de tissus constitué de derme, fascias, muscles, aponévroses avec des artères, des veines, des nerfs, d’une épaisseur de 13 à15 mm, dans la cavité buccale, cette épaisseur est de 5 mm.
Quand on touche un crâne, on touche les tissus cutanés et non osseux. Les pulsations perçues ne sont pas les mouvements des os, elles sont dues aux contractions des artères par des vaso-constrictions et dilatations sous des stimulations nerveuses para et orthosympathiques avec les mouvements des muscles et fascias. Les différents récepteurs nerveux sont sensibles à plusieurs types de pressions créant des réactions neuro endocriniennes comme l’ont démontré Bourdiol et Jean Bossy, D. Bonneau (références biblio, sur mon site) par des relâchements tissulaires ou des contractions.
En embryologie, la peau et le cerveau ont la même origine : l’ectoderme. Lors des multiples replis pendant l’embryogénèse, la peau se retrouve innervée par les filets nerveux issus du cerveau, ils ont suivi dès le début cette migration nerveuse. Tout contact par les différents capteurs cutanés va stimuler les zones du cerveau en correspondance avec des zones cutanées réflexes (J. Bossy, Bourdiol, L. Misery – dermatologue et chercheur, E. Blechschmidt – comment commence la vie humaine : de l’œuf à l’embryon, observations et conclusions).
Les techniques que nous pratiquons sont des stimulations neuro endocriniennes. Le concept était déjà décrit par Blechschmidt qui prétendait que le développement de l’embryon se faisait surtout par des contraintes mécaniques.
Une thèse de doctorat en génie mécanique à l’université de Valenciennes de Audrey Auperrin en 2009 : « Caractérisation tissulaire pour la détermination du comportement de l’os crânien : essais mécaniques et imagerie médicale » est emblématique à ce sujet. Elle a mis en évidence sur des « sujets frais » par une mise en compression des pariétaux, des fractures à 90 kg de pression, la suture sagittale n’ayant aucune réaction.
On peut déjà s’interroger sur les techniques de sutures… Les sutures sont élastiques pour les gros chocs ou les grosses pressions, en regard de ces sutures se trouvent les sinus veineux, il est plus qu’important de les protéger dans ces cas. Ce sont les os qui cèdent en premier et non les sutures qui absorbent les gros chocs. Un exemple simple, les joints de dilatation entre deux rails de chemin de fer sont conçus pour la chaleur intense du soleil, pas pour celle d’un briquet. Nos techniques sont comparables au briquet.
Les « gros blocs crâniens » après chirurgie de craniosténose, n’ont pas de sutures et ne présentent aucun problème particulier, difficile dans ce cas de faire ce genre de techniques, car elles ne servent à rien… et pourtant il y a des résultats, mais pas pour ce qu’on croit… Précisons toutefois que les sutures chez l’enfant sont indispensables pour permettre à l’encéphale de se développer jusqu’à l’âge de 16 ans en moyenne pour la S/B.
Nous intervenons sur ces mêmes sutures lors des déformations crâniennes chez l’enfant. (Voir les travaux de R. Lalauze – doctorat en neuroscience. Son travail est remarquable ! Elle est à l’origine de la reconnaissance de l’ostéopathie du nourrisson dans les services hospitaliers grâce à sa rigueur et son opiniâtreté en collaboration avec les pédiatres, les sage-femmes et les chirurgiens. J’ai participé à la création de la SEROPP en son temps).
Déjà, E. Blechschmidt démontrait l’importance des contraintes mécaniques dans le développement de l’embryon. Ce qui signifie que nos techniques cutanées, mécaniques, qu’elles fassent référence au rebond liquidien, au déroulement embryonnaire, aux étirements, aux pressions, à la mobilité inhérente du cerveau et des fascias et à tous les tissus conjonctifs sont du « neuroendocrinien », des techniques cutanées réflexes, mais rien de mécanique.
Quelle explication est la plus plausible ? Celle qui fait l’unanimité auprès de tous les thérapeutes et des scientifiques, la mécanotransduction. C’est une théorie démontrée qui justifie nos techniques et les scientifiques se retrouvent dans cette explication.
La mécanotransduction, processus par lequel les cellules d’un organisme convertissent les stimulus mécaniques de leur environnement en message électrique, biochimique, ou génétique, est essentielle aux fonctions sensorielles telles que l’audition, le toucher, ou la nociception
© 2004 médecine/sciences – Inserm / SRMS
Le concept de Sutherland ne peut même pas servir de modèle car il est inexact, aucune chance de le décliner.
Le concept et les techniques réflexes crânio-céphaliques, issues des études de R. Bourdiol il y a une quarantaine d’années, sont enseignées au sein de C.E.R.A. sous la direction du Docteur Philippe Bazire.
Ce sont ces principes et ces techniques qui devraient être enseignées en collège… à condition que les enseignants se débarrassent du concept de Sutherland soient formés à cette approche qui donnent crédit à ce que nous pratiquons….
Que de remises en cause !
Il serait bien actuellement de revoir nos principes et nos explications qui ont très peu d’écho et de fiabilité, indépendamment du résultat.
Un passager dans un train étale de la poudre devant le compartiment. Que faites-vous ? C’est de la poudre anti-éléphant. Mais il n’y a pas d’éléphant dans un train ! C’est parce que ma poudre est efficace….
La justification ostéopathique sur les prétendus mouvements des os du crâne en est encore à ce stade… Et on s’étonne de ne pas être pris au sérieux ?
J’aurais encore pas mal à dire sur notre belle ostéopathie : les liquides, les rebonds, la pression, la dure-mère, les membranes intracrâniennes, le viscéral, les « lois vertébrales », la validation des perceptions et des repères en tous genres, les nouveaux concepts qui « pourraient rendre compte de tout » comme le modèle bio-psycho-social…etc…
La suite au prochain numéro !
Jacques Vigier Latour. 22 août 2024