Le liquide céphalo-rachidien est enseigné en ostéopathie pour être porteur d’une puissance intrinsèque qui libèrerait un grand nombre de dysfonctions sur des niveaux d’applications différents et notamment les sutures.

Physiologiquement, le LCR joue le rôle de tampon, de filtre grâce aux canaux aquaporines situés le long des vaisseaux sanguins, pour évacuer, entre autres, le peptide amyloïde bêta mis en cause dans la maladie d’Alzheimer (1), de modulateur du volume encéphalique en cas de modification de la quantité de sang intracérébral et participe aux échanges avec le tissu nerveux. Le LCR ne circule pas spontanément, il n’a aucune mobilité et motilité propre.

Ce qui lui donne ce mouvement est le résultat de la contraction et la mobilisation des tissus mous : muscles, aponévroses, artères, diaphragme, l’élasticité des cellules nerveuses et de la dure-mère. En cas de pathologies nerveuses importantes, il y aura toujours un élément qui permettra cette dynamisation même à minima.

« Il existe deux sortes de flux qui agissent simultanément et en permanence :

le flux net global qui résulte des phénomènes de sécrétion-résorption,

les flux pulsatiles qui résultent des pulsations artérielles cérébrales, c’est-à-dire fondamentalement des modifications systolodiastoliques du volume du lit vasculaire encéphalique.

Les flux pulsatiles résultent des modifications du volume sanguin cérébral encéphalique entre les stades de systole et de diastole. Cette pulsation vasculaire s’exerçant dans une cavité crânienne rigide, repousse le LCR encéphalique vers le sac dural plus inexpansible car attachée à l’os, tandis que la dure mère rachidienne est contenue dans une atmosphère épidurale constituée de graisse et de plexus veineux, ce qui lui laisse une liberté d’expansion.

Cette notion d’inexpansibilité crânienne appelle cependant une remarque : elle ne s’applique pas totalement au nauveau-né ou au petit nourrisson, dont la fontanelle est plus élastique ; en corollaire, la boite crânienne du foetus est contenue dans le sac amniotique dont la pression est supérieure à la pression atmosphérique ; par conséquent elle ne répond pas aux mêmes mécanismes que celle du nouveau-né. Par ailleurs, la pulsation systolo-diastolique est réalisé essentiellement par le réseau artériel péricérébral, ce qui entraine d’une part une chasse ventriculaire (le parenchyme est repoussé de façon centripète, vers les ventricules), d’autre part un déplacement vers le bas du cerveau qui concourt aussi à chasser le liquide cisternal vers les espaces périmédullaires.


Enfin à la chasse systolique succède un retour diastolique, si bien que ces pulsations n’ont pas tant une circulation nette du LCR, qu’un brassage continuel intraventriculaire et extracérébral ». (2)
 

« Le BNAC a utilisé l’imagerie à contraste de phase afin de quantifier le LCR par le biais du drainage de l’aqueduc de Sylvius. Le CSF (cérébro-spinal fluid) est pour l’essentiel, formé dans le plexus choroïde dans les ventricules latéraux, le troisième et le quatrième, et il coule dans un mouvement de va-et-vient avec un flux net caudal (également appelé « antérograde » ou « négatif ») à travers l’aqueduc cérébral et les foramens de Luschka et de Magendie dans l’espace sous-arachnoïdien rachidien. Dans l’aqueduc de Sylvius, en utilisant des techniques cinématographiques MR, il a été démontré que le flux du LCR est du à l’expansion systolique des hémisphères cérébraux, qui causent un flux antérograde (vers le ventricule suivant ) pendant la systole et le flux rétrograde (vers le troisième ventricule, également dénommé «céphalique» ou «positif») pendant la diastole » (3)

« Représentation schématique de la dynamique cérébrale :
La première phase est définie par une arrivée rapide de sang dans le cerveau. Le LCS des espaces sous arachnoïdiens intra crâniens est chassé vers les espaces élastiques du rachis (phase 2), c’est la première réponse à l’augmentation du volume vasculaire cérébral. Les pics de pression se déplacent ensuite sur le drainage veineux, ainsi que sur le quatrième ventricule au cours de la troisième phase. La dernière phase de la chasse correspond à une chasse du LCS ventriculaire en amont de l’aqueduc. Bien que le volume ventriculaire de LCS soit important, la résistance à l’écoulement élevée du petit diamètre de l’aqueduc de Sylvius explique le retard et la très faible participation du liquide ventriculaire à la régulation du volume cérébral » (4)

On sait qu’un cerveau pèse en moyenne 1,400 kg et dans le crâne 40 gr. Or, la présence du LCR le met dans un état de « flottement » qui l’empêche de se détériorer sous son propre poids. Par ailleurs, la pression atmosphérique au cm2 est de l’ordre de 1 kg alors que la pression du LCR est en moyenne de l’ordre de 13 cm d’H2O (soit 13 gr). (La valeur normale de la PIC -pression intra-crânienne- est de 10-15 cm H20 chez l’adulte et le grand enfant, de 3 à 7  chez l’enfant et de 1.5 à 6 chez le nourrisson). (5)

En ostéopathie, on utilise des techniques liquidiennes comme le « V spread » qui consiste à mettre à profit le « rebond liquidien » intra crânien bien orienté, pour libérer les sutures crâniennes. La flexion alternée des pieds est réputée augmenter la pression et la vitesse de circulation dans la boîte crânienne.

Il faudrait avec ce postulat, que la pression intra-crânienne au cm2 dépasse celle qui s’applique à l’extérieur pour libérer une suture. Le cerveau devrait alors servir de point d’appui pour permettre un tel prodige ce qui physiologiquement est impossible car il se détériorerait définitivement dans l’immédiat.

La circulation du LCR est particulièrement lente et sans pression notable. Le LCR se renouvèle 3 fois par 24 heures. Il est impossible qu’avec cette vitesse et cette pression, le LCR  libère les sutures crâniennes.

La pression du LCR mesurée par ponction lombaire atteint 10 mm Hg (13 cm d’eau) chez un sujet en position horizontale. Cela nous donne donc 13g/cm².

Autrefois mesurée en millimètres de mercure, puis en millibars, la pression atmosphérique s’exprime aujourd’hui en hectopascals. Sa valeur normale ou standard équivaut à 760 mm de mercure ou 1013 hectopascals, ce qui correspond à une force de 1,03323 kg par centimètre carré.

La puissance du mouvement des cellules nerveuses est très insuffisante pour dégager une suture. Le cerveau a une certaine élasticité pour absorber les contractions de ses artères et la pression infime du LCR, il en est de même pour la moelle épinière et la dure-mère, ce qui permet la propagation du LCR.

Le reflet d’une bonne homéostasie, entre autres, est la pression du LCR – 13 cm d’H20 – (13 gr) qui doit rester constante (avec des variables très minimes), dans le cas contraire une modification de cette pression serait pathologique.

Le LCR circule grâce à la pression des artères du cerveau, aux mouvements du diaphragme  mais en aucune manière par la contraction des cellules de la névroglie.

Il est donc impossible que les techniques ostéopathiques liquidiennes crâniennes directes libèrent une suture.

(Dernière mise à jour : vendredi 8 avril 2016)

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1 – Liff. et al., Sci. Transl. Med.,147,147 ra 111, 2012, in La Recherche N° 468. P. 25

2 – C. Raybaud, Hôpital Nord Marseille, les hydrocéphalies. http//:www.med.univ-rennes1.fr/cerf/edicerf/NR015.html

3 – http://www.bnac.net/?page_id=605

Le BNAC est une division du département de neurologie de l’Université de Buffalo. Il est situé dans l’Institut neurologique de Jacobs (JNI) à l’hôpital général de Buffalo. NY, USA.

4 – IRM de flux en contraste de phase, application au LCS. G. Gascou, E. Le Bars, Dr H. Brunel, Pr A. Bonafe. Service de neuroradiologie. CHU Guy de Chauliac. Montpellier.

5 – http://www.chups.jussieu.fr/